Redoux hivernal : comment quelques degrés de trop bouleversent l’hiver et pourraient favoriser plus de frelons l’été prochain
- Mr Nuisible
- 11 déc. 2025
- 3 min de lecture
Le changement climatique se manifeste désormais en plein hiver : des températures anormalement douces, parfois supérieures de 10°C aux normales saisonnières, entraînent un effet domino sur les cultures, les insectes, les abeilles… et potentiellement sur les prédateurs de l’été prochain que son les frelons.
Des cultures en avance… et déjà perdues
Comme l’a expliqué un agriculteur dans le journal de TF1 de ce mardi 9 décembre 2025, certaines cultures ont poussé avec plus de deux semaines d’avance, stimulées par des températures dignes du mois d’avril. Les salades, arrivées trop tôt à maturité, jaunissent avant même d’être récoltées. Résultat : des dizaines de milliers d’euros de pertes et un sentiment d’impuissance face à un climat devenu imprévisible.

Un cycle végétal trompé par l’hiver doux
L’accélération du cycle végétal est l’une des conséquences les plus immédiates du réchauffement en hiver. Trompées par la douceur, les plantes se réveillent trop tôt. Mais la suite du scénario est encore plus préoccupante : l’hiver n’ayant pas joué son rôle de frein biologique, toute la saison suivante peut se retrouver décalée, avec des fenêtres de récolte ratées et des marchés impossibles à approvisionner au bon moment.
Les jardins particuliers eux aussi déstabilisés
Dans les jardins, les arbustes bourgeonnent prématurément. Cassis, framboisiers et autres fruitiers lancent leurs premiers signaux de reprise végétative… alors que l’hiver n’a même pas commencé. Ce réveil anticipé les expose ensuite aux gelées tardives, capables d’anéantir une saison complète de production. Le redoux hivernal n’est donc pas seulement une curiosité météo : c’est un décalage phénologique qui fragilise la production locale et la biodiversité des haies et vergers.
Des insectes déboussolés et plus nombreux
L’effet papillon climatique ne s’arrête pas aux plantes. Le redoux agit aussi sur les insectes, dont le cycle dépend étroitement de la température. En temps normal, les périodes de gel jouent un rôle régulateur essentiel : elles éliminent larves, spores, parasites et nuisibles avant le printemps. Mais lorsqu’il fait 10 °C au-dessus des normales saisonnières, ce nettoyage naturel n’a plus lieu, et l’hiver cesse d’être une barrière biologique.

Conséquences agricoles concrètes
Des populations d’insectes plus robustes au printemps, davantage de maladies des cultures, et même une remontée vers le nord de certaines espèces méridionales : autant de signaux d’un changement climatique désormais observable à l’échelle d’une saison. Cette dynamique perturbe les équilibres utiles à l’agronomie (auxiliaires vs ravageurs) et renchérit les coûts de protection des cultures.
Les abeilles sortent… alors qu’il n’y a rien à butiner
Les abeilles, thermosensibles, se laissent elles aussi tromper par la chaleur. À 18 °C, elles quittent la ruche pour chercher de la nourriture. Le problème ? En hiver, il n’y a pas de floraison.Elles s’épuisent alors inutilement et consomment des réserves de miel vitales pour survivre aux véritables froids de janvier. Ce comportement peut fragiliser des colonies entières, déjà mises à l’épreuve par la raréfaction des ressources et la pression des parasites.
Un cercle de vulnérabilités
Moins de gel = plus de parasites hivernants, des sorties précoces = des réserves de miel entamées, un hiver trop doux = un printemps plus risqué. Le redoux hivernal amplifie des faiblesses structurelles des colonies d’abeilles, maillon indispensable de la pollinisation et donc de la sécurité alimentaire.
Effet final : le frelon asiatique, possible « gagnant » d’un hiver trop doux
C’est l’une des conséquences les plus préoccupantes d’un hiver anormalement doux : les reines de frelon asiatique (prédateur majeur de l’abeille en France), qui passent normalement l’hiver en diapause, pourraient être moins affectées par la mortalité due au froid.En temps normal, une grande partie de ces reines ne survivent pas aux mois les plus rigoureux. Mais lorsque les températures restent trop élevées, davantage de reines peuvent survivre, ce qui pourrait se traduire par plus de nids au printemps et, potentiellement, par une présence accrue de frelons durant l’été.
Une pression supplémentaire sur les abeilles
Plus de frelon signifie souvent plus de prédation à l’entrée des ruches, au moment où les abeilles tentent de reconstituer leurs forces après l’hiver. Sans affirmer une « explosion » certaine, les conditions actuelles augmentent le risque d’un niveau de pression plus élevé, bouclant ainsi ce cercle vicieux : redoux hivernal → colonies d’abeilles affaiblies → pression de frelons possiblement accrue.
Un simple redoux… des conséquences pendant des mois
Ce que nous vivons n’est pas une anecdote météo, mais un signal clair : quelques degrés au-dessus des normales de saison suffisent à dérégler une année écologique entière.Des cultures précoces et perdues, des abeilles épuisées, des insectes plus nombreux, des parasites hivernants plus résistants, et la possibilité de voir le frelon asiatique plus présent : l’hiver n’a pas rempli son rôle de filtre, et c’est tout l’équilibre fragile des écosystèmes qui se déplace.






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